A notre époque, il existe une étrange lassitude née, non pas du manque d’informations, mais de leur excès. Nous semblons savoir… Et pourtant, quelque chose demeure en suspens : le passage à l’acte ! Entre ce que nous comprenons et ce que nous vivons subsistent une foultitude d’intentions non tenues
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| Socrate |
Représentation image : Socrate
Arrangement image : Dany Ollivier
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Socrate : l’action comme miroir de l’âme et de la conscience morale
Le philosophe grec Socrate naquit en Grèce (vers 470-399 avant notre ère). Il s’est efforcé, en posant des questions (ironie) de pénétrer les esprits en leur révélant la fausseté de leurs points de vue. Il n’a rien écrit ; pourtant son nom résonne, à travers les siècles, comme celui d’un guide. Pourquoi une telle postérité pour un homme dont la parole s’est envolée ? Est-ce sa méthode et/ou le procès où il fut condamné, pour ses idées, à boire la ciguë, en 399 avant notre ère ?
« Vous pouvez cacher aux autres une action répréhensible, mais jamais à vous-même », affirmait Socrate.
Socrate nous invite à agir avec une conscience morale et/ou un « Surmoi » éveillé. Il place l’action au cœur de la cohérence intérieure. Si l’être humain peut duper la société, il ne peut s’abuser, durablement, lui-même. Tout acte injuste laisse une trace dans l’âme : une fissure, un désaccord intime. Ainsi, l’éthique, même si elle ne reçoit pas l’accueil espérée des politiques, n’est plus une affaire de réputation mais d’intégrité. Le fait blâmable révèle ce que le discours dissimule.
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| Carlos Castañeda |
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Carlos Castañeda : l’action forge le guerrier
L’anthropologue de formation et écrivain américain Carlos Castañeda, naquit au Pérou (1925-1998). Il est connu pour ses ouvrages relatant l'enseignement chamanique qu'il dit avoir reçu d'un « homme de connaissance » Yaqui dénommé don Juan Matus. Son œuvre s’éloigne, progressivement, de l’anthropologie pour devenir une discipline existentielle centrée sur la responsabilité, la sobriété intérieure et l’action impeccable.
« Tu devrais déjà savoir qu’un Homme de connaissance vit en agissant, et non en pensant à agir, et encore moins en pensant à ce qu’il pensera lorsqu’il aura fini d’agir. Un Homme de connaissance choisit un chemin-qui-a-du-cœur et le suit », écrivait Carlos Castañeda dixit Don Juan.
L’être ordinaire, explique Castañeda, vit enfermé dans un monologue intérieur incessant. Il agit peu, mais cogite, profusément, à ce qu’il aurait dû réaliser, à ce qu’il fera peut-être, à ce qu’il pensera de lui-même une fois l’action accomplie. L’Homme de connaissance, au contraire, tranche. Il choisit un « chemin-qui-a-du-cœur » et il avance sans garantie, sans justification, sans discours superflu.
« C’est en agissant qu’on apprend à agir comme un guerrier, et non pas en parlant », continuait l’auteur dixit Don Juan.
Chez Castañeda, la parole est soupçonnée. Non pas parce qu’elle serait inutile mais parce qu’elle devient, trop souvent, un refuge. Don Juan, son maître Yaqui, ne cesse de le rappeler : penser à agir n’est pas entreprendre. Se raconter ce qu’on doit accomplir, l’anticiper, le commenter, après coup, c’est, déjà, s’en détourner. L’action, ici, n’est pas agitation. Elle est décision incarnée. Le guerrier n’explique pas : il s’expose. Il apprend par le risque, par l’erreur, par l’attention portée à chaque geste.
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| Vichitr Ratna Dhiravamsa |
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Vichitr Ratna Dhiravamsa : l’action unifie l’expérience vivante
Le moine bouddhiste theravāda thaïlandais Vichitr Ratna Dhiravamsa (disciple de Mahāsi Sayādaw) naquit en Thaïlande (1934-2021). Il intégra l’ordre bouddhiste à l’âge de treize ans. Il s’installa, à Londres, en 1964, et devint prêtre assistant au temple Thaï de la ville. Par la suite, il enseigna, notamment en Europe, la méditation Samatha et Vipassanā pendant de nombreuses années. Après avoir quitté la robe monastique, il poursuivit son enseignement librement, insistant sur l’expérience directe plutôt que sur le dogme.
« Les discussions sont stériles par elles-mêmes. Elles ne prennent de valeur que quand elles sont suivies d'action, d'action juste qui est une fin en soi. Voilà une question qu'il nous faut explorer, en fonction notamment de notre Quête. Car, le seul fait d'en parler ne peut nous donner la plénitude de l'être. La connaissance sans l'expérience crée la dissociation et le conflit », assurait Vichitr Ratna Dhiravamsa.
Dhiravamsa formule un diagnostic similaire à Castañeda avec, en sus, la précision d’un méditant. Les discussions, dit-il, sont stériles par elles-mêmes. Elles ne deviennent fécondes que lorsqu’elles débouchent sur une action juste, vécue pleinement, sans attente de récompense.
Dans son enseignement la parole spirituelle n’est jamais condamnée mais elle est, strictement, subordonnée à l’expérience. Parler de la pleine conscience ne rend pas conscient. Comprendre la non-dualité ne dissout pas le conflit intérieur. Pire : la connaissance non vécue engendre une dissociation, un décalage douloureux entre ce que l’on sait et ce que l’on est.
L’action juste, dans la perspective bouddhiste de Dhiravamsa, n’est pas morale au sens conventionnel. Elle est alignement. Elle est ce moment où l’attention, l’intention et le geste ne font plus qu’un.
Agir ou se trahir : quand l’action devient la mesure de l’Homme
Il existe une frontière que nul discours ne peut franchir. Une ligne ténue, mais décisive, entre ce que l’on sait et ce que l’on vit, entre ce que l’on proclame et ce que l’on fait réellement. À travers les siècles, des voix issues de traditions, radicalement différentes, ont convergé vers cette évidence.
De l’Athènes antique de Socrate, aux déserts symboliques de Carlos Castaneda, jusqu’aux salles silencieuses de méditation de Vichitr Ratna Dhiravamsa, une même exigence se fait entendre : l’Homme se révèle dans ce qu’il fait, non dans ce qu’il affirme.
Lorsque la connaissance reste théorique, l’être se divise : je sais ce qui est équitable mais… je ne le vis pas ! L’action juste, accomplie avec attention et clarté, met fin à cette fracture. Elle n’est pas un moyen pour atteindre un idéal futur ; elle est complète en elle-même, pleinement vivante dans l’instant.
Tous trois dénoncent l’illusion dangereuse des allocutions sans incarnation. Tous trois refusent que la parole serve de refuge contre la transformation réelle. Agir, chez eux, n’est pas produire ni performer ; c’est se tenir debout dans ce que l’on fait, sans se cacher derrière les mots.
Car l’action - qu’elle soit morale, guerrière ou méditative - est ce lieu implacable où la Vérité cesse d’être une idée pour devenir une Vie !
Dany Ollivier - Autrice
Téléphone : 09 54 04 33 53 - Courriel : danyolliviercsc@free.fr
Enseignement de cours où s'insère, naturellement, une thérapie brève et comportementale impliquant plusieurs techniques comme la pédagogie, la psychologie, la psychanalyse, l'Analyse Transactionnelle, le développement personnel, la suggestologie, la relaxation, la sophrologie, les méditations guidées, etc. Il s'adresse à ceux qui se cherchent, souhaitent évoluer, essaient de se connaître et d'aller vers les autres, ressentent un mal-être, reçoivent une clientèle, etc.